Détours Sans Issue (Écriture)

Palabres écornées sans queue à tue-tête

Shoes that don’t fit

Imagine that the only shoes available to you always hurt. No matter which pair you try on, they always make your feet bleed like hell. And everyone tells you it’s not because the shoes are wrong, it’s because your feet are weird. So you have to find a way to fit your feet in these shoes no matter what. There’s no other choice, you know? Because walking without shoes, you can’t really do that outside your home. Everyone wears shoes around you, and comfortable wearing them — what is wrong with you? There’s obviously something wrong with you. Or maybe everyone suffers and maybe you’re just too vocal about it. Toughen up! Keep it quiet. See? Now that you’re quiet, somehow it’s hurting less. The pain was in your head, you can control it. Even if you’re still bleeding.

After a while you realize you can only walk with shoes that hurt you. Because you have trained your whole body for so long to walk with that one single pair of shoes (and aren’t you lucky to be able to walk at all?) So you keep walking. Step after step, you devise countless strategies to maintain the pain at a tolerable level. And you become scared as hell to try any new pair — what if they are even worse than the ones you’re wearing? Still, sometimes you go a little crazy, you try some new shoes and — yeah, they hurt. But it’s normal, right? Shoes are supposed to hurt, right? Why would you complain about them now? They’re just shoes, no big deal. Everything is normal.

As you walk, you meet people who don’t have the slightest idea of what it feels like not to wear shoes that don’t fit them perfectly at all time. So it makes you wonder. Maybe you could halt and have a better look at their shoes? But when you ask these people for help, some will brush you off — shoes are just shoes — and keep walking. Others will notice the difference and praise how brave you are to keep wearing your shoes even if they hurt you, how resilient — and keep walking. There are also the ones who will tell you that you’re slowing everyone with your questions, and will ask you to keep walking. Finally there are those who will yell at you if you insist, who will tell you to get your bloody hands off their precious shoes and run away. Bloody hands, yes, literally — you know, because of the blood from your own feet?

Usually the ones who already experience some discomfort with their shoes will take more time to see if there might be something wrong with yours. In these moments, you feel exposed (‘No, forget it! They’re just like yours, see?’) and relieved (‘I’m not crazy, there’s something odd here.’) Also worth noting that you love walking barefoot, but even to this day you can only do so in places that feel like home. This is also another thing: The only modes you know are either varying degrees of pain while walking with shoes around people, or healing yourself walking barefoot in safe spaces without any hazard that could hurt you. Unless, you know, some people take advantage of you after being welcomed into your home, then trample your toes and blame your feet for being the problem.

Then you wonder what it feels like. To be able to walk in various places without even wondering if you had shoes on or not because you feel comfortable with or without them.

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To go out in the world, and endure constant pain because of marginalization.

Walking with shoes that don’t fit.

I am grateful for the little breaks some people have taken along the way to be angry. To ask themselves why the shoes were made that way and what we could do about them.

Despite having better tools to deal with the pain, or more pairs to wear, most of them still don’t fit.

Posted by Galejade in Détours Sans Issue (Écriture)

Bah

Finement sans acompte on se prélasse feintement, l’angoisse au bord des lèvres on étreint l’absence

Et l’on songe avec trouble aux accents d’avant et puis le temps, le temps

S’étire

Tandis que l’espace

s’amoindrit

tout petit tout

fébrile si volatile

qu’on balaye d’arrache-pied

Il perd une dimension

Il semble si plat

Truffé d’aiguilles pourtant

De ces pointes de peur de manque d’os sans chair

On surenchérit alors

On devient aveugle et sourd

Tandis que la cacophonie augmente

Tandis que les chiffres dégringolent

Ou grimpent à une vitesse folle

On ne sait plus à quel curseur se vouer

Mais je pense tendrement j’écris beaucoup vainement

Je rejoins sans atteindre, j’étouffe sans me plaindre

J’essaie

La vie pointille tandis que d’autres se meurent

Comme toujours comme avant

Posted by Galejade in Détours Sans Issue (Écriture)

Cise

Il y a six ans que j’aurais pu commencer, tel Meursault : “Aujourd’hui”. C’était un haut jour dû, oui. Trop tôt, trop tard, trop vite. Une balafre béante venue scinder ma chair pleine d’abîmes. De ronces, d’errances. De rendez-vous à jamais ratés. Depuis elle me brûle tous les jours dûs, oui. Pas toujours si fort. Mais elle creuse et porte à faux, cette charogne de manque.

J’essaie d’échapper à tant de gravité. Comme une muette je tombe beaucoup.

Aujourd’hui le temps latent s’attend à ce que j’atteigne les joies d’antan. Qu’on s’entende. Je ne peux tant.

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Esquisse 1

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Prêche Vaincu

— Maintenant on ne peut plus rien dire–!
— Ah cher ami privilégié, moi aussi je suis parfois nostalgique de ce temps où la seule réponse possible pour moi était de te faire plaisir. Où la seule réaction socialement acceptable était de ne rien dire — simplement d’applaudir tes maux d’esprit, ton écrasant pouvoir de rire de tout avec n’importe qui tel que moi. Il aurait été en effet assez peu souhaitable que je prenne le temps de t’expliquer la pointe aiguë de tes plaisanteries, touchant parfois à une partie de moi plus intime qu’il n’y paraît ; de souligner que tu ne me connais pas assez (ou feins l’ignorance) pour blaguer aussi légèrement d’un sujet parfois lourd de sens pour moi. Comme une porte qui claque mal et qui laisse passer un courant d’air glacé par intermittences ; comme une plaie que l’on égratigne sans cesse par accident ; comme une insulte qu’on prétend balayer d’un revers de faux rire ; enfant quand je souffrais des rires des autres on me disait donc “ignore-les”. L’indifférence n’est pas une arme ; c’est un rictus d’acier placardé sur un silence qui en dit trop long. Oui je suis, comme toi, en un sens nostalgique de cette chape de plomb qui me permettait de mettre mon coeur sous cloche et de masquer mes fêlures d’un fou rire aigre-doux ; qui me donnait l’illusion qu’en avalant la moquerie sans cesse répétée, l’humiliation qu’elle portait n’était plus un virus mais un vaccin. Ainsi acculée dans ma différence, je pouvais rire de moi avec n’importe qui — et c’était bien tout. Ton réel avait toujours plus de poids que le mien ; aussi ma légèreté était la seule chose qui pouvait peser dans ta balance.
Maintenant je m’autorise un regard, une faille ; je montre soudain que j’ai une part d’intime qui m’est précieuse, et que ton rire n’a pas droit de regard sur ma peine ; que mon plaisir a des accents de souffrance que je souhaite honorer. Ami privilégié, je prends un peu de cette parole qu’on m’a toujours dit d’étouffer ; et si cela irrite ta confiance, j’en suis par instants navrée, mais songe à toutes ces écorchures que j’ai dû taire et je te le souffle enfin : laisse-moi respirer. Je te donne enfin une chance de comprendre plutôt que de tout prendre pour toi.

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cadence

Dans la danse s’attisent des vices sans constance mais les sires qu’en stance et tranchent à leur guise les bises s’effritent brûlantes soumises j’épuise exquise mes sens marquise je souffle j’agis à outrance qu’une once qu’importe j’écope les clopes sans syncope j’écourte utilise subtile ta bouche et souple j’aiguise ta coupe ton sourire au râle de ta croupe j’halète arrête au faîte ça fêle élance ma chance quel toupet sauté fouetté enchassé en avance au souhaité écoute ton cou écourté tout perlé tout ourlé sautillent tes cils graciles mes îles ta vague mon soupir je roule tu ris en dessous tu plonges tu grésilles je te goûte belle brindille scintille j’appuie et tu gîs gorgé tu t’essuies d’un revers du jet puis pense j’ai rêvé qu’au travers dans tes airs à ne pas y toucher sans coucher dans ta louche cadence que cuisent tant aimées ta caboche aux couleurs échappées amorce je mords tes braises et t’apaise bien aimé

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Avril

Dans un sursaut fragile
Le printemps se pare d’un âpre grésil
Et les branches se figent dans leur linceul d’eau claire

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Amère

Ton rire racle dans ma gorge

Je sursaute je me souviens

Juste au ciel

J’ai traîné

J’ai dérivé

J’ai manqué

Et ton sourire s’est éteint

Trop vite

Le moment est passé

Tu n’es plus je le sais bien

Amère

Chère

Grande mer

De ta chère

Détachée

Je creuse

Sans faim

Personne n’y peut rien

En moi ta chaise vide

Laisse une plaie vaste

Comme ton sourire

Mais j’entends toujours ton rire

Dans ma gorge béante

Qui me casse la figure

Et fissure ma gaieté

D’un accent de ta bonté

J’espère t’honorer, un peu

Mère d’été

Posted by Galejade in Détours Sans Issue (Écriture)

Joyeux garnement

Il y a une fêlure dans ton regard

Le regard de celui qui a regardé le présent bien en face et qui a pris sa solitude en pleine figure

Une fêlure dans tes yeux qui ont contemplé l’abîme et sont revenus plus aigus qu’une lame

Une fêlure dans ton sourire qui savoure à vif et se détourne pour mieux s’écorcher

Une fêlure dans tes bras qui embrasent la vie avec tant de fureur

Une fêlure dans chacun de tes pas, qui pétillent et qui souffrent d’aller trop lentement trop vite

Comme une fêlure dans ton âme, toujours prête à voler en éclats de rire

Toi garnement aux poches crevées de désirs insensés

Ta lumière sombre aveugle

Mais j’aime cueillir ta fêlure

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Petits souvenirs

 

Le Roy (2004)

Il était une foy, et maintenant deux foy,

Un homme. Ou plutôt, une stupidité

Remarquable. Ainsi, on la couronna Roy

De toute une nation maculée de calamité.

 

Patriarche aimant, soucieux de son succès,

Il fit emprisonner les cœurs dans l’ignorance

Et plonger le regard au fond d’un puits de rance

Où l’or, mêlé au sang, nourrit tous les excès.

 

Qui peut-on accuser, le rêve ou la folie ?

Est-ce la faute au Roy ou au peuple en déroute

Qui espère qu’un jour leur murmure poli

 

Atteindra les cieux étoilés où nul doute

N’est permis ? L’Illusion, de son côté, écoute,

Eblouie, comme on peut la trouver fort jolie.

 

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La sirène et l’orage (1996?)

 

Il était une fois une sirène,

Qui avait de la peine.

Elle ne savait pas faire de la laine

Avec du chêne.

 

L’orage cria plein de rage :

« A ton âge !

Tu devrais être sage

Et plutôt dessiner un beau paysage

Sur une belle plage.

 

Et c’est ainsi qu’elle dessina une plage

Avec un roi mage en otage.

Posted by Galejade in Détours Sans Issue (Écriture)