Détours Sans Issue (Écriture)

Palabres écornées sans queue à tue-tête

Amère

Ton rire racle dans ma gorge

Je sursaute je me souviens

Juste au ciel

J’ai traîné

J’ai dérivé

J’ai manqué

Et ton sourire s’est éteint

Trop vite

Le moment est passé

Tu n’es plus je le sais bien

Amère

Chère

Grande mer

De ta chère

Détachée

Je creuse

Sans faim

Personne n’y peut rien

En moi ta chaise vide

Laisse une plaie vaste

Comme ton sourire

Mais j’entends toujours ton rire

Dans ma gorge béante

Qui me casse la figure

Et fissure ma gaieté

D’un accent de ta bonté

J’espère t’honorer, un peu

Mère d’été

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Joyeux garnement

Il y a une fêlure dans ton regard

Le regard de celui qui a regardé le présent bien en face et qui a pris sa solitude en pleine figure

Une fêlure dans tes yeux qui ont contemplé l’abîme et sont revenus plus aigus qu’une lame

Une fêlure dans ton sourire qui savoure à vif et se détourne pour mieux s’écorcher

Une fêlure dans tes bras qui embrasent la vie avec tant de fureur

Une fêlure dans chacun de tes pas, qui pétillent et qui souffrent d’aller trop lentement trop vite

Comme une fêlure dans ton âme, toujours prête à voler en éclats de rire

Toi garnement aux poches crevées de désirs insensés

Ta lumière sombre aveugle

Mais j’aime cueillir ta fêlure

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Petits souvenirs

 

Le Roy (2004)

Il était une foy, et maintenant deux foy,

Un homme. Ou plutôt, une stupidité

Remarquable. Ainsi, on la couronna Roy

De toute une nation maculée de calamité.

 

Patriarche aimant, soucieux de son succès,

Il fit emprisonner les cœurs dans l’ignorance

Et plonger le regard au fond d’un puits de rance

Où l’or, mêlé au sang, nourrit tous les excès.

 

Qui peut-on accuser, le rêve ou la folie ?

Est-ce la faute au Roy ou au peuple en déroute

Qui espère qu’un jour leur murmure poli

 

Atteindra les cieux étoilés où nul doute

N’est permis ? L’Illusion, de son côté, écoute,

Eblouie, comme on peut la trouver fort jolie.

 

—-

La sirène et l’orage (1996?)

 

Il était une fois une sirène,

Qui avait de la peine.

Elle ne savait pas faire de la laine

Avec du chêne.

 

L’orage cria plein de rage :

« A ton âge !

Tu devrais être sage

Et plutôt dessiner un beau paysage

Sur une belle plage.

 

Et c’est ainsi qu’elle dessina une plage

Avec un roi mage en otage.

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Rature

​Une rature un trait de flamme

La langue qui s’aiguise et les larmes comme une lame

S’émousse sur une esquisse

Un rêve lointain

Épouse l’eau qui glisse

La fatigue l’aigreur la faim

La rage la soif la terreur

Les secousses les cris ; le silence sans fin

Ébruite la clameur d’une peur assourdie

Jamais jamais le répit

Le luxe de la paix à payer à quel prix

De ces guerres intérieures qui nous aveuglent

De ces vérités sans éclat qui s’ouvrent en trompe l’oeil

On ne veut plus on étreint

Dans son cocon bleu défilent les pages de prêches convaincus
On ne cherche plus assez, on n’écoute plus

La vérité devenue chimère trop chère

Dont ne veulent plus les riches
Et l’on danse sur deux pieds

Mais prenez mes mains, prenez mes joues

Embrassez et récoltez

Frappez et sonnez

Criez et pleurez

Et vous serez brèche

Dans ce néant qui assombrit

N’abandonnez jamais votre intime clarté

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Pour

​pourquoi pour quoi cette engelure autour de ses reins ces paupières alourdies par la faim pourquoi les gens pour quoi cette solitude cette gangue de crasse cette masse s’efface pourquoi la joie s’effrite s’étiole s’ébruite et s’affadit si tôt pour ce sourire comme une lame cernant son angoisse pour quoi se battre quand on pleure à mains nues pourquoi s’abattre quand on a jamais ce qu’on a dû pourquoi s’époumoner quand le cœur est écœuré pour continuer il se fait il s’en faut pourquoi être né sans allié encerclé pas assez pourquoi tant de mots aux échos oubliés pourquoi l’orgueil s’entiche des pires billevesées pour fuir poursuivre pourfendre étourdir et puis cueillir, finalement, un soupçon de silence

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Elle était

​Elle marchait à petits pas, ayant toujours l’air de trottiner vers on ne sait quoi,

Perchée sur ses grands talons courbes, elle se dandinait coquette comme un coq,

Dans son sillage un parfum franc, floral, chatouillait la narine

Mais fatiguée son odeur devenait musquée, comme du thé vieilli

Je refusais de voir cet air épuisé qu’elle avait fini par me cacher

Je rejetais ces moments où elle me parlait de quand tout serait fini

Elle dirigeait, elle actionnait, dans sa candide insolence, elle souriait,

Elle maîtrisait, elle trichait, elle triomphait, elle doublait, elle mentait et souvent je m’offusquais

Tant d’arrogance, tant d’autorité, dans cette petite poire aux yeux ronds de chat

Mais son rire brillait comme celui d’une enfant à jamais grande 

Elle feignait l’ignorance en crachant son impertinence

Elle courbait l’échine mais s’en allait toujours à tire d’aile

Planer au-dessus de ceux qui se croyaient meilleurs qu’elle

Elle trompait se taisait mais imposait sans crier

Quand il fallait défendre, créer sans se montrer

Sa futile intelligence tombait toujours à côté 

À demi-mots, dans son monde trouble, pas toujours gai

Tant de gens aspirairent à sa compagnie dédaigneuse, 

Mais qui partait parfois d’un petit rire

Elle se foutait du monde, sincèrement, pour mieux s’en départir

Elle avait tant vécu, oubliant parfois de se tenir
Elle était difficile à prendre au sérieux, car sa douleur la rendait lointaine, inadéquate

Mais elle savait aussi par instants crever le cœur à en crever les yeux

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Insu

​Vous savez, j’ai un secret : je n’en ai pas…! C’est gênant, n’est-ce pas ? Je m’en suis aperçue trop tard — et ce n’est pas évident tous les jours. En plus, je crois que les gens savent — mais je me trompe peut-être. C’est fou, quand on y pense — c’est vrai que j’aurais pu m’en rendre compte plus tôt, c’est forcément ma faute. Mais que voulez-vous, on naît, on ne décide pas — qui on n’est pas. On fait ce qu’on peut — mais ça ne suffit pas. Alors on traîne — et la patte se graisse, et les joues s’affaissent. Alors je pourrais peut-être faire quelque chose pour y remédier — cependant, quand on est en faute, peut-on réellement réparer ? Et se parer au pire ? Ou se préparer, quand la parade est déjà toute trouvée ? Allons donc, tant de jérémiades et de drames inutiles — j’aurais voulu en avoir, c’est vrai, mais on ne va pas en faire un fromage et finir en chair à saucisse. Ça ne mange pas de pain ces gens-là — ça vous ronge les os comme l’archiduchesse en laisse sans son chien. Ah, si j’étais née charogne, je n’aurais pas si faim — je ferais comme tout le monde, je me gargariserais de mon prochain, et surtout de mon lointain. Demain, c’est toujours loin.

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Bas de gamme

​Do d’haut dos d’eaux 

D’orées dorées 

Raies d’eau 

Rémi mi-dos mi-mie

Dos mis rais mirés d’haut

Mi-phare et d’eau dorée 

Facile à s’y mirer

La myrrhe effarée la cirait

Sol à sol
(Je continuerai)

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Manqué cette fois !

Premier écueil. J’ai raté mon rendez-vous. Sept jours seulement. Fichtre.

Je mettrai peut-être les bouchées doubles tout à l’heure. 

Ça tire au flanc, je ne fais pas la fière. 

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Presque

​J’ai presque oublié !

Je l’avais sur le bout de la langue, et soudain elle s’est décollée, envolée, comme un postillon sans cheval, pétale de salive, grêle d’envie, aigre douce.

L’été l’était, l’hiver l’y verse des jours meilleurs. Au lit vert l’ivresse des lyres d’envers d’auvents ouverts ailleurs. S’y terre le cimeterre des comètes des ferrailleurs ; aux faits railleurs l’ivraie a un goût de verre, d’exquise noirceur.

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