Détours Sans Issue (Écriture)

Palabres écornées sans queue à tue-tête

Chat

​C’est l’histoire d’un petit chat qui déchante d’avoir chassé sans son chien, cherchant la chaleur des choses et chapardant un peu de chance au chaland. Il chope la marche des chancres et change la chambre des crachats, car les cancrelats ne chôment pas. Revêches châteaux d’écharpes, ils  s’échappent dans la franche approche des cheminées sans manches. Sous le chapeau, le chat pitre happe le crachin des pachas ; mais le chat marré chagrine et s’échoue dans les choux, ébroué de coups. Enfin il touche, prend la bouche à peine souche ; il arrête son char, les chaussettes manquent de charme.

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4 écarts

​Fatiguée lasse, encrassée par des tourments moites

Cavalcades d’une année qui s’ébauche, sursauts, promesses impossibles, vœux aux accents de commandements — les incartades seront toujours implacables

Le chambranle des résolutions sort de ses gonds ; l’urgence saisit, ressasse ; les échecs passés nous criblent de dettes intenables ; on se juge à l’aune des vents contraires 

Parce qu’on ne veut pas regarder en arrière, on trépigne vers l’avant, à trébucher sans présent, sans présence, dans une cour de reflets défaillants ; on vise le miracle pour se décevoir sans relâche ; la chute donne raison à la vie sans prises

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Allée 3

​Dans l’étoffe du frimas, espérer une miette de printemps, les paupières moites d’un présent qui s’évide

L’absence n’a de sens mais s’étoile et s’éventre, et dans une bouffée aigre, porte des accents de douce douleur

Sans chaîne les flocons les pardons les instants qu’on fixe sans retenir sans retenue jamais ne s’achèvent

Au pied du mur, toujours plus sans issue ; la flèche s’en mord les dents, et l’accueil chute

La roue tourne, mais la suspension à l’étroit, intangible et l’oubli, vivace, succède ; il faut plus, à nouveau ; la cadence décryptée vide la conscience débordée

Mais le vrai ment à raison ? Une drôle d’entourloupe. Nous sommes trop plein, nous sommes en nuit

Les mots la clameur crachoteront moins de rien en des jours meilleurs

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Joue 2

​Tu ne sais pas quoi écrire : c’est déjà bien de te le lire en peu de maux. Le lexique te corrige à chaque frappe, pressent ton impulsion donne une réponse algorithmique ; souvent c’est une surprise inadéquate. Parfois cela tire — rire, te suggère-t-on dans l’instant, un on bien envahissant mais qui va de soi sans foi mais avec prédestination — vers la poésie, mais tu oublies, car tu haches ta gueule au menu, espérant qu’icelle fit fureur, dans un fracas de pouces et des mots (maux ?) gisant à la pelle, mêle, mais lis donc au lieu de déclamer, fi-donc au lieu de t’étaler. Dans tous ces visages fracturés en milliards de carrés — et plus on est fragmentés plus on est lumineux et plus vrais que nature. Étrange étourderie de nos écrans filtrés par les souvenirs, subreptice technique il faut dissoudre, remâcher mille équations sans inconnue, pour retranscrire le vrai qui nous avait simplement traversé, et que l’on souhaite tant cristalliser dans l’écume d’un rêve électronique. Je me demande, je me demande souvent : pourquoi nos yeux nos lèvres nos nez nos pieds de mains ne nous suffisent plus, pourquoi nous faut-il tant de filtres et d’écrans de fumée ; pourquoi mieux voir et mieux cacher devient soudain synonyme de mémoire ; pourquoi le tu devient je porté par un nous, et pourquoi tu as tant besoin d’un miroir pour lire en moi seulement ce qui te sied ; pourquoi tu as si peur du moi qui te souffle pourtant ce qui t’emporterait si loin si bien. Peut-être que le bonheur est devenu une marchandise collective affublée de mille labels insipides, animés, passés au tamis ; le roulis bien cadencé de nos vies passé au crible ne nous appartient plus ; mais pourtant je ne suis pas si lasse. Il y a des éclats de rêve qui échappent à tout, et qui ne peuvent vivre que dans l’étreinte d’une amie, d’un frère ; on ne croit plus beaucoup à nos amours qui, elles aussi, ont perdu leur pluralité féminine ; mais on ne peut tuer la tendresse quoi qu’on en dise. Et dans ce on oppressant impersonnel il nous faut retrouver non pas le je mais le jeu et le tu qu’on a bien trop tu car on ne sait plus ; je veux te dire tu, ami, car je veux te définir, car tu es mon enjeu, et mon salut seul lu.

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Jour 1

Dans le ronron du matin froid j’aiguise mes mots je me pelotonne bille en tête au réveil, ma langue aux accents enchevêtrés m’a tant manqué le désir impérieux impératif de la réactiver sans appel, mais avec courtoisie, et en cadence régulière ; mon éternel bac à sable de pensées revêches aiguës et graves, affamé de mots, à la syntaxe nouvelle, biscornue imprécise ponctuée par accident déformée par l’exil. Dans tous ces vocables aux racines tentaculaires, j’aimerais retrouver mon latin, et mes cavalcades d’autrefois ; je suis devenue funambule entre chien et loup alors que j’ai la rage féline ; quelque chose quelqu’une me manque, et dans ces boitillements incessants il me faut restaurer mon ombre pour goûter un peu de lumière.

Parmi tous ces vœux qui s’égrènent le silence de l’ego m’est peut-être encore plus précieux.

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